Dans ces yeux je vois de la folie. Cette flamme démentielle qui brûle et me brûle de l'intérieur.
De l'intérieur et embrase mon esprit jusqu'au plus profond de lui-même, jusqu'au plus profond de moi-même. Cette incendie que rien ne semble pouvoir arrêter, que rien ne semble contrôler. Cette chaleur qui grise chaque centimètre de ma peau, chacune de mes cellules, mes molécules sont en effervescences. Les atomes qui me composent vibrent, donc je vibre. Qu'est-ce que la vie sinon une vibration dans l'Univers infini? La folie, c'est ça. Une vibration. Une vibration transversale au plan médian qu'est la normalité.
Je vois de la peur dans ces yeux. Cette peur qui paralyse, qui gèle. Peur de rien. De la peur dans sa plus simple manifestation. Ce monstre qui se cache sous notre lit, ces morts dans nos placards, cet inconnu dans le noir, tout ce monde dans la lumière, le noir, la lumière. Peur de mourir. Peur de vivre.
La Peur. Sans peur plus de plaisir, et je vois aussi du plaisir, de l'envie, de l'excitation aussi.
Le lien l'INTERDIT.L'interdit que manifeste la peur est source de jouissance dès lors qu'on le transgresse. Tant de plaisir peut en être quasi sexuel: obsédant, nécessaire, vital.
Je vois de la fatigue, jeune et déjà fatigué. Fatigué de supporter le poids de la vie, de ma vie. Car nous avons une vie entre les mains, notre vie. Y a-t'il chose plus difficile que la responsabilité d'une vie?Et quand la vie en question est sa propre vie comment ne pas étouffer sous le devoir qui nous incombe? Fatigué de tendre la joue à chaque coup qu'inflige la vie, surtout lorsqu'elle est armée. Car si ses coups ne blessent pas toujours le corps, c'est l'être en soi qui saigne. Et le temps n'a que rarement raison d'une telle hémorragie. Et ce sang qui coule, coule et coule encore, s'écoule sans jamais en finir, est vidant. Et l'on se perd ,et je me perds. La substance ainsi partie, c'est de l'énergie qui se dissipe. C'est en cela que la vie tue, à petit feu, proportionnellement à l'envie qui fuit.
Dans ces même yeux, j'aperçois de l'arrogance, une certaine suffisance qui s'explique par un narcissisme récurrent qui ne s'efface qu'à la condition de recevoir les louanges d'une modestie feinte. C'est ça, ce que j'ai vu, c'était de l'égocentrisme. Tout tourne, tout gravite, autour de moi, autour du moi. S'ils n'existent ce n'est que parce que je sais qu'ils existent. Ils n'existent que par moi, grâce à moi, alors pourquoi n'existeraient-ils pas pour moi? Et tout tourne, et tourne, et à force de me regarder je ne vois pas que je tourne aussi, et je me détourne, petit à petit. Enfin je me tourne le dos, et me déteste. Je me vois avec dégoût, ne supportant plus mon image, mon être, ne me supportant plus. Je commence à haïr ce que je suis sans jamais rien faire pour y remédier puisque je me hais. Alors je continue à gravir progressivement les marches de mon aversion, mais ce n'est qu'une histoire de cycle. Car je tourne encore jusqu'à me retourner devant moi même, et là, je m'aime. Je ne suis qu'un objet qui gravite, je n'y peux rien, nous gravitons tous. Le tout, c'est de prendre un contrôle partielle de notre elliptique rotation pour changer de trajectoire. On empêche jamais rien de tourner.
Je souris face au miroir, au fond de ce regard se cachent encore d'innombrables facettes, colère, joie, vitalité, solitude, partage, ambitions, regrets, désirs, névroses, exaspération, curiosité, singularité, espérance, vide, cauchemars, indifférence, pitié, et encore, un comportement dicté par l'environnement, une envie insoutenable de voler, de la cruauté envers de parfaits inconnus, des v½ux de destruction, des projets de meurtres, des désirs sexuels, une empathie envers l'univers, la force de rêver, un abrutissement palpable, des cicatrices encore chaudes, une enfance perdu, de l'amitié forgée au fil des années, etc, etc, etc.
Ce que j'ai vu au fond de ces yeux durant cette écriture, c'était moi, c'était aussi partiellement vous, car ce que j'ai vu c'était surtout de l'humanité. Nous sommes tous représentatifs de l'humanité, ce qu'un d'entre nous peut être, nous pouvons tous l'être, ce que nous pouvons être, les autres peuvent l'être également. C'est insoupçonnable ce que l'on peut apprendre sur les autres en en apprenant sur nous-même, l'inverse est d'autant plus vrai. Apprendre du regard des autres est des plus enrichissant,
le rejeter n'est que pures conneries. Mais apprendre par son regard, qu'il soi posé sur soi, sur l'autre, sur un arbre, une pierre, un lieu, une époque, un monde, un Univers, sur tout finalement, est essentielle. Tout mérite d'être vu. Tout doit être pris. C'est en cela que peut être une vertu le caractère vorace de l'Homme.

